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REACTIONS A L'ARTICLE DE FRANCK BULINGE : 'RESTONS VIGILANTS'
Franck Bulinge fait partie des experts en Intelligence Économique dont la voix est au minimum respectée, au mieux admirée. Je fais partie de ces derniers. Docteur en sciences de l'information et expert du monde de la Défense, il étudie les phénomènes de manipulation de l'information au sens large et prône une prise de conscience collective des risques liés à son exploitation. Sa vision des choses est une fois de plus promue à travers la publication d'un article sur Agoravox, le média citoyen lancé par Carlo Revelli de Cybion.
Je suis d'accord pour dire que l'intelligence économique est encore jeune et fragile en France, au sortir de plus de dix ans d'efforts d'institutionnels, de chercheurs et de managers particulièrement sensibilisés. Elle s'insère progressivement dans la vie des administrations, associations et entreprises bien souvent de biais, à savoir par l'intermédiaire d'un projet stratégique, d'une prise de décision engageante ou encore d'un besoin d'information urgent et tangible. De ce point de vue, nous pouvons être confiants. Néanmoins Franck Bulinge a raison de rester vigilant. C'est la moindre des choses quant on comprend les freins à l'innovation dans notre pays, quant on analyse les levées de boucliers psychologiques à l'évocation de termes tels que « guerre ou patriotisme économique » et quant on imagine les sommes phénoménales d'énergies qui nous manquent encore pour mutualiser les efforts, minimiser les risques informationnels et influencer les décideurs de tous ordres.
Tous les grands théoriciens de l'intelligence économique luttent depuis ses débuts pour une reconnaissance institutionnelle de la discipline et une démocratisation de la méthode au sein de toutes les structures Françaises, à quelque niveau que ce soit. Pour cela, chacun revient fréquemment sur le terme d'intelligence économique, afin de lever la confusion et l'amalgame fait encore trop souvent avec l'espionnage économique. Franck le fait encore un fois dans cet article. Je pense néanmoins qu'il faut garder en tête qu'à l'origine de toute stratégie de puissance, toute recherche de domination informationnelle, de toute empoignade réside une forme de combat qui sort des sentiers battus : manipulation, vol de données, espionnage, sécurité informatique, désinformation etc. sont autant de thème connexes à l'intelligence économique. Non pas qu'elle utilise cette partie "noire" du métier, mais qu'elle la connaisse, sache l'appréhender et lui trouver des parades. C'est pour moi une partie essentielle de la discipline qui est certes difficile à expliquer, mais qui en fait tout l'intérêt.
La formation des spécialistes en intelligence économique connaît aujourd'hui une double problématique. La première est celle des centres de formation : 3èmes cycles (Mastères, DESS,...), 2em cycles (écoles de commerce, d'ingénieurs, facultés) ou 1er cycles (DUT, licences...). Elles fourmillent de partout, avec des lignes directrices érigées par le référentiel de formation en IE publié en 2004 par le SGDN mais aux contenus, corps professoral et orientations encore trop diverses. Quelle visibilité pour un étudiants cherchant aujourd'hui à se former aux pratiques de l'intelligence économique ? Comment reconnaître les richesses de chacune ? Car à bien regarder le contenus de chacune, les différences peuvent être immenses : plutôt orientées macro-économie ou microéconomie ? organisation ou outillage ? théorie ou pratique ? La seconde problématique est liée au marché et à sa capacité d'absorption de tant de nouveaux diplômés spécialisés dans une discipline bien souvent inconnue des entreprises d'accueil. Assurer une formation en entreprise comme le fait déjà la DST ? Se reposer sur le MEDEF et les syndicats pour influer sur leurs adhérents ? Encourager au niveau publique les recrutements en IE ? La question de la formation est donc à la fois extrêmement sensible et décisive pour l'avenir de l'IE en France.
Puis Franck revient sur l'importance de la Recherche. Si vous lisez ce blog régulièrement, vous savez sans doute que je suis un fervent défenseur d'une politique publique volontariste en faveur de la Recherche au sens le plus général du terme. Ceci s'applique également à la Recherche en IE, qui ne concerne encore que trop peu de chercheurs. On a l'impression que l'élan de mode, la croissance des formations, l'augmentation des budgets dédiés à cette discipline n'ont pas eu l'effet escompté (ou tout du moins pas encore) sur la Recherche. Et c'est grave ! Les thésards doivent être soutenus et encouragés dans leurs efforts, que ce soit de manière budgétaire, d'encadrement ou de promotion de leurs activités. Les partenariats avec les laboratoires, départements et autres structures privées doivent être développés à grande échelle etc. Bref, il reste encore beaucoup de travail à faire à ce niveau là.
Enfin, la personnalisation, ou "peopleisation" de l'IE comme l'appelle Franck, est une réalité qui sert autant qu'elle désert la discipline. Une petite dizaine de politiques, enseignants, businessmen ou chercheurs se disputent aujourd'hui les colloques, reportages, plateaux et invitations prestigieuses. Je n'y vois aucun problème, tant que les nouvelles générations de personnes formées à ces problématiques s'imposent progressivement. C'est l'enjeu du renouvellement des générations, cela vaut en IE comme ailleurs.
Agoravox
Lire l'article
Tous les grands théoriciens de l'intelligence économique luttent depuis ses débuts pour une reconnaissance institutionnelle de la discipline et une démocratisation de la méthode au sein de toutes les structures Françaises, à quelque niveau que ce soit. Pour cela, chacun revient fréquemment sur le terme d'intelligence économique, afin de lever la confusion et l'amalgame fait encore trop souvent avec l'espionnage économique. Franck le fait encore un fois dans cet article. Je pense néanmoins qu'il faut garder en tête qu'à l'origine de toute stratégie de puissance, toute recherche de domination informationnelle, de toute empoignade réside une forme de combat qui sort des sentiers battus : manipulation, vol de données, espionnage, sécurité informatique, désinformation etc. sont autant de thème connexes à l'intelligence économique. Non pas qu'elle utilise cette partie "noire" du métier, mais qu'elle la connaisse, sache l'appréhender et lui trouver des parades. C'est pour moi une partie essentielle de la discipline qui est certes difficile à expliquer, mais qui en fait tout l'intérêt.
La formation des spécialistes en intelligence économique connaît aujourd'hui une double problématique. La première est celle des centres de formation : 3èmes cycles (Mastères, DESS,...), 2em cycles (écoles de commerce, d'ingénieurs, facultés) ou 1er cycles (DUT, licences...). Elles fourmillent de partout, avec des lignes directrices érigées par le référentiel de formation en IE publié en 2004 par le SGDN mais aux contenus, corps professoral et orientations encore trop diverses. Quelle visibilité pour un étudiants cherchant aujourd'hui à se former aux pratiques de l'intelligence économique ? Comment reconnaître les richesses de chacune ? Car à bien regarder le contenus de chacune, les différences peuvent être immenses : plutôt orientées macro-économie ou microéconomie ? organisation ou outillage ? théorie ou pratique ? La seconde problématique est liée au marché et à sa capacité d'absorption de tant de nouveaux diplômés spécialisés dans une discipline bien souvent inconnue des entreprises d'accueil. Assurer une formation en entreprise comme le fait déjà la DST ? Se reposer sur le MEDEF et les syndicats pour influer sur leurs adhérents ? Encourager au niveau publique les recrutements en IE ? La question de la formation est donc à la fois extrêmement sensible et décisive pour l'avenir de l'IE en France.
Puis Franck revient sur l'importance de la Recherche. Si vous lisez ce blog régulièrement, vous savez sans doute que je suis un fervent défenseur d'une politique publique volontariste en faveur de la Recherche au sens le plus général du terme. Ceci s'applique également à la Recherche en IE, qui ne concerne encore que trop peu de chercheurs. On a l'impression que l'élan de mode, la croissance des formations, l'augmentation des budgets dédiés à cette discipline n'ont pas eu l'effet escompté (ou tout du moins pas encore) sur la Recherche. Et c'est grave ! Les thésards doivent être soutenus et encouragés dans leurs efforts, que ce soit de manière budgétaire, d'encadrement ou de promotion de leurs activités. Les partenariats avec les laboratoires, départements et autres structures privées doivent être développés à grande échelle etc. Bref, il reste encore beaucoup de travail à faire à ce niveau là.
Enfin, la personnalisation, ou "peopleisation" de l'IE comme l'appelle Franck, est une réalité qui sert autant qu'elle désert la discipline. Une petite dizaine de politiques, enseignants, businessmen ou chercheurs se disputent aujourd'hui les colloques, reportages, plateaux et invitations prestigieuses. Je n'y vois aucun problème, tant que les nouvelles générations de personnes formées à ces problématiques s'imposent progressivement. C'est l'enjeu du renouvellement des générations, cela vaut en IE comme ailleurs.
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"Think of the Internet as a weapon on the table. Either you pick it up or your competitor does – but somebody is going to get killed." -- Michael Dell, Founder & CEO of Dell Computer

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